À propos des perles. Et du temps qui passe. Cette photo a été prise sur les terrains du Pavillon principal, qui s’appelle maintenant Roger-Gaudry. J’avais moi-même acheté le collier de perles, à prix réduit, au magasin Eaton, qui n’existe plus. Je l’avais acheté sur la base qu’il m’aiderait peut-être à me donner de la crédibilité dans mon environnement professionnel. Je le portais sur un chandail sport, c’est probablement étrange, mais en matière de mode je n’en suis pas à une étrangeté près. Je peux me tromper, sur le blanc c’est difficile à voir, mais il me semble que j’avais plus de poitrine à l’époque que maintenant. Il faut dire que je portais sous le chandail une robe, trop grande, qui me descendait jusqu’à mi-mollets. Ce sont peut-être les plis de la robe qui créent une impression de poitrine amplifiée. J’avais acheté la robe à la boutique Arnelle, rue Monkland, qui a fait faillite en mars dernier. Le photographe est un bon ami maintenant retraité qui a survécu à toutes sortes de maladies, dont trois ou quatre cancers. Nous nous rencontrons par hasard à l’Hôtel-Dieu, des fois de temps en temps, au suivi du Coumadin parce qu’il en prend lui aussi, depuis des années. Il avait pris plusieurs clichés, des bons et des mauvais. On avait fait cette séance de photo juste pour le plaisir, sur l’heure du dîner. Mon ami se fichait pas mal de faire de bons et de mauvais clichés parce que, bien qu’occupant un poste de photographe à l’université, il était tanné de travailler. Il avait rangé les bons clichés dans une boîte et les mauvais dans une autre, les deux boîtes étaient jaunes, en plastique, de format 5 X 7 po. Il m’avait donné les deux boîtes. Je les ai encore, mais je ne sais pas où est-ce que je les ai rangées. À un événement où nous nous sommes retrouvés plusieurs collègues, je suis arrivée, je ne sais plus comment ça se fait, avec la boîte des mauvais clichés à la main. Les collègues ont demandé à les voir. J’ai refusé, exprimant qu’ils étaient ratés et qu’ils ne rendaient pas justice au photographe. Personne ne m’a écoutée et d’une chose à l’autre la boîte a circulé entre les collègues qui ont eu tôt fait de s’exclamer que le photographe était nul.
Il y a des pavillons qui changent de nom, des magasins qui ferment, des maladies qui sévissent, des perles qui n’ont pas l’effet escompté, des poitrines qui je pense rapetissent, une extraterrestre qui aurait mieux fait d’arriver au party les mains vides, et il y a les comportements séculaires de notre petite humanité.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories
