Je ne porte pas de collier de perles, mais, en lien avec Isabelle Brais et Pauline Marois, je porte du vernis à ongles rouge égratigné, à moitié arraché, sur mes ongles très courts. Les deux femmes ci-nommées du milieu politique ne feraient jamais d’apparition publique les ongles ainsi maganés. Le contexte n’est pas le même, j’avoue. Emma et moi faisons sur cette photo une apparition intime dans la cuisine de Thrissa, à McKellar, il y aura bientôt une dizaine d’années. Thrissa n’est pas du genre à avoir chez elle du dissolvant de vernis à ongles. Je ne me rappelle pas si je lui en ai demandé. Certaines choses ont changé depuis cette dizaine d’années passées. Emma, par exemple, porte maintenant des lunettes. Et moi je ne porte plus d’anneau, ni à la main droite ni à la gauche. Emma ne porte plus ses boucles d’oreilles en or achetées par maman. Et maman –cela n’a pas changé– n’enlève jamais les siennes, sauf lorsque je me suis fait opérer l’été dernier.
Pendant les quatre ou cinq jours que nous avions passés là-bas chez Thrissa je me sentais triste. Je regarde aujourd’hui cette photo et je me rappelle que pendant ces quatre ou cinq jours je me sentais vivante parce que vibrante, et vibrante parce que souffrante. Je disais à une collègue ce midi, sous la pluie battante sous le même grand parapluie, que ma vie était morne et plate et vide et stagnante, en comparaison de certains grands pans de ma vie passée. Ma vie est comme sous anesthésie. Et je ne sais pas comment m’y prendre pour me réveiller.
– Ta vie est très riche, m’a dit Oscarine hier, qui m’invitait à souper. Tu écris, tu peins, tu travailles, tu as ta fille, ta famille…
La nuit dernière, je ne me rappelle pas ce que je rêvais, mais je me suis entendue m’intimer l’ordre de faire quelque chose pour me sortir de ma torpeur.
– Change !, ai-je entendu dans mon sommeil.
L’impératif ne s’imposait pas brutalement, je ne me traitais pas durement, je m’insufflais le souffle d’une ouverture sur quelque chose.
Mais une ouverture sur quoi, et comment m’ouvrir, et où est ma voie, encore et toujours, je ne le sais pas.
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