Hier soir dimanche je me couchais âgée de mes 55 ans pour la première fois de ma vie. Voici quel a été mon rêve en cette première nuit de ce nouvel état. D’abord, je n’y allais pas de main morte, j’étais en Suisse, pays du luxe et de toutes les voluptés quand on a de l’argent pour se les payer. Le paysage était majestueux, magique, d’une grande beauté, de quoi tomber par terre. Une brume entourait la base des Alpes tout en laissant voir les sommets. Des anneaux de brume, autrement dit, enveloppaient de douceur et de mystère tout l’environnement. Bien que baignant moi-même dans la brume, sur le plancher des vaches, j’apercevais nettement les sommets des montagnes. Ils étaient maigrelets et ressemblaient davantage à des stalagmites qui auraient été la proie des flammes car ils avaient un aspect carbonisé. Cela n’enlevait rien au charme de l’endroit. Je me disais que j’y reviendrais volontiers, visiter ces beautés helvétiques, moyennant le prix d’un trajet d’avion et le prix d’un séjour de quelques jours. Je me rendais compte aussitôt que je ne reviendrais jamais en ces lieux, compte tenu de mon incapacité à défrayer le voyage. Je me disais aussi, toujours en rêve, que je me comportais envers la Suisse comme on a tendance à le faire envers l’être aimé. On ne veut pas qu’il nous quitte. Je voulais continuer de goûter les saveurs et les beautés de la Suisse, y revenir encore et encore. J’inscrivais mon expérience de cette visite, une expérience de plaisir et de bien-être, dans un désir de durée. Ce désir de profiter du sentiment amoureux qui rend la vie meilleure, qui peut la rendre, même, merveilleuse, est l’exact contraire des pensées qui m’habitaient au moment où je me suis endormie. Au moment où je me suis endormie, je me disais que mes 55 ans ouvraient la voie à une vie dorénavant de célibataire et qu’il me fallait, tout simplement, l’accepter.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories