Moment de grâce sur la rue Monkland, tout à l’heure, en allant acheter des œufs pour faire un gâteau au chocolat. (C’est Bibi qui le fait, pendant que j’écris ces lignes.)
– Salut Lynda !
C’est mon ami du Conservatoire, que j’ai connu quand on avait tous les deux 17 ans. Celui qui me reconnaît tout le temps, été comme hiver, même quand j’ai la tête cachée dans mon capuchon.
Il y a une différence énorme entre rencontrer mon ami aujourd’hui, alors que mon avenir est pas mal tracé et entamé, et fréquenter mon ami du temps que mon avenir m’apparaissait comme une montagne à escalader. J’étais tellement stressée que j’en oubliais de respirer. Maintenant que je suis 37 ans plus vieille, je lui parle et je savoure chaque seconde.
– Connais-tu Jordan Officer ?, que je lui demande, il est guitariste, un anglo de Montréal.
– Non, qu’est-ce qu’il fait comme musique ? Bebop, blues, jazz, country ?
– Hum. Il joue de la guitare acoustique, le son est très sec, mais est-ce que c’est du jazz, je ne sais pas. Est-ce que ça existe, du dry jazz ?
Mon ami, anglophone, a un sourire en coin à cause de mon accent.
– Tu te moques de moi à cause de mon accent !
– Non, non, Lynda. Jordan Officer, c’est bien ça ? Je vais checker ça sur YouTube. Le dry jazz, ça n’existe pas.
– Répète ce que tu viens de dire, c’est trop agréable ta manière de prononcer.
– Tu veux dire Jordan Officer ?
– Oui, et dry jazz.
– Jordan Officer et dry jazz.
On se regarde, on pouffe de rire et on s’enlace. On avait exactement les mêmes conversations quand on avait 17 ans. On n’a pas vieilli d’un iota.
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