Ma directrice de thèse, du temps que je faisais mes études de doctorat dans les années quatre-vingt, refusait d’utiliser le guichet automatique de sa caisse populaire. C’était dans le chic quartier Montcalm de la ville de Québec. Elle se rendait au comptoir pour ses transactions, préférant que ces dernières se déroulent au contact d’une personne humaine. Ma directrice de thèse, à l’époque, avait à peu près mon âge maintenant, bientôt 55 ans. La version 2014 de la même histoire serait Lynda qui refuse de s’acheter un GPS et un téléphone cellulaire. J’ai aussi refusé de m’abonner au service OnStar qui vient avec mon véhicule et qui pourrait m’être d’une utilité fulgurante advenant que je sois perdue bien raide sur les routes sinueuses de Notre-Dame-de-la-Merci, ou en détresse, ou encore attaquée par des malfrats. J’aime vivre unplugged. Je n’en fais pas un cas de résistance, et nul ne pouvant prévoir l’avenir, je vais peut-être acheter un téléphone cellulaire intelligent d’ici l’an prochain, mais cela ne fait pas partie de mes priorités à l’heure actuelle et j’aime qu’il en soit ainsi.
N’ayant aucun moyen de télécommunications, vendredi dernier, quand je me suis perdue et que j’ai fait le grand tour du lac Quenouille plutôt que de le longer sur un quart de kilomètre seulement, je me suis garée le long d’un banc de neige et j’ai fait un appel au phare au premier véhicule qui s’est présenté sur ma route en sens inverse. La voiture ne s’est pas arrêtée. Pour la deuxième voiture, j’ai fait un appel aux phares et j’ai ouvert ma portière au maximum. Elle a filé son chemin elle aussi. Alors pour la troisième voiture, j’ai laissé faire l’appel aux phares qui m’obligeait à demeurer dans mon véhicule. Je suis sortie et j’ai fait des grands mouvements des bras, formant et déformant des X au-dessus de ma tête. La voiture s’est arrêtée. C’était une femme au volant, avec un enfant qui dormait dans son siège sur la banquette arrière.
– Je sais qu’il faut prendre la 117 sud pour vous rendre à St-Donat, m’a dit la dame. Continuez tout droit, vous y êtes presque.
J’ai roulé une bonne distance sur la 117 sud, n’y comprenant rien puisque St-Donat me semblait être en direction nord. Au bout d’une grosse demi-heure, je me suis retrouvée à mon point de départ, à savoir la station d’essence où j’avais acheté de l’essence, justement, mais surtout du lave-glace. Je n’en avais plus, or j’en avais besoin à tous les dix secondes. La station-service fermait à 22 heures et nous y sommes arrivées à 21h57. De la station-service, nous avons pris le petit chemin de Val-des-lacs, et dix minutes plus tard je déposais Emma à son camp scout. Évidemment, parcourant le chemin inverse, je me suis trompée et j’ai tourné du mauvais côté, à un moment donné. J’ai ainsi fait le tour du lac Quenouille, en ne voyant rien du lac à cause de la noirceur. Toujours est-il que vers minuit j’arrivais à St-Côme. Il s’y tient un concours de sculptures sur glace en février. J’ai traversé le village en roulant hyper lentement, tranquille, pour les regarder. Je suis arrivée à la maison de campagne enchantée d’avoir surmonté ma quadruple difficulté : rouler seule la nuit, sur des chemins inconnus, dotée d’un sens de l’orientation nul, et ne pouvant lire mon trajet Google que très difficilement en conduisant.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories