Mon Nikon est resté à la campagne et je me rends compte que je n’ai pas de photo de l’œuvre ultime qui clôt la série alphabétique, qui doit avoir un titre commençant par Z, qui est de grand format (je suis debout sur la photo) et qui s’intitule temporairement Continents qui se côtoient. En fouillant dans mes archives de janvier 2011, j’ai retrouvé la photo ci-contre (un peu floue) sur laquelle apparaît la première couche que j’ai barbouillée sur la toile, couche qui a présidé à la formation des continents par la suite. Je n’ai presque rien à dire sur l’œuvre telle que je la présente aujourd’hui, sinon que c’est un brouillon barbouillé.
J’aurais beaucoup à dire sur la robe qui m’a été donnée par Bibi, qui appartenait à une amie de Bibi, qui est la robe que je désire porter à mes anniversaires dorénavant jusqu’à temps que je ne sois plus capable d’entrer dedans, qui est la robe (longue) que j’ai déjà portée avec une jupe (courte) par-dessus parce que je la trouvais trop saillante aux fesses, et qui est aussi la robe que je portais lorsque mon père m’a téléphoné le lendemain d’une fête pour me dire que je portais une belle robe le jour même de la fête. C’est facile de parler des robes et des futilités. J’ai raté ma carrière, j’aurais été une bonne chroniqueuse people.
Telle qu’elle est suspendue au mur terracotta de la salle à manger à Montréal, cette toile m’apparaît comme faisant partie de mon passé. Reprendre un projet similaire aujourd’hui, j’essaierais d’obtenir –je me répète, je sais–, un effet allégé, moins chargé, moins sage, moins bébé, plus éclaté, etc.
De façon générale, je dirais que ma série alphabétique est empreinte d’une naïveté spectaculaire.
On remarquera des lignes vertes, sur ce brouillon, qui parcourent la toile, des fils fragiles qui se rencontrent ici et là et forment en se rencontrant des masses circonscrites. J’ai comblé ces masses circonscrites avec d’autres couleurs en couche numéro deux. C’est ce remplissage numéro deux qui a produit les continents. C’est le fond de toile que l’on voit actuellement qui constituait l’espace visible entre les continents. J’écris « constituait » parce que la rencontre des deux motifs était presque indigeste. C’est ce qui fait qu’au bout de quelques mois, j’ai recouvert d’une couleur uniforme, un brun foncé, les espaces entre les masses. Puis, quand le mur de la salle à manger est devenu terracotta —alors qu’avant il était blanc–, j’ai repris la toile pour lui ajouter une espèce de contour bleu. Il me semblait en effet que la nouvelle couleur des murs appelait du bleu pour atténuer la prédominante d’orangé qui s’y trouvait. On pourra dire que les continents sont entourés d’océans et que sur les océans il y a des bancs de brume. Je reviendrai sur la brume lors de la mise en ligne de la photo finale.


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