Yvon m’a téléphoné hier soir. Il tousse et a mal au dos depuis un mois. Je suis pour ma part pas mal grippée. À un moment donné on s’est quitté parce qu’on ne s’entendait plus parler, lui toussant et moi éternuant et mouchant.
– On lâche pas, ai-je dit en terminant notre conversation, à la blague.
Un qui ne lâche pas, c’est mon ami Yvon, un autre, que j’ai rencontré par hasard lundi à l’Hôtel-Dieu et qui m’a téléphoné pour qu’on mange ensemble hier mardi. Il a eu plusieurs cancers, plusieurs opérations, et est maintenant suivi en cardiologie. Il est maigre comme un clou mais en bonne santé, c’est difficile à croire, et il est toujours aussi souriant. Nous avons laissé notre grosse part de salade verte dans nos assiettes respectives, prenant tous les deux du Coumadin.
Je sais que ce n’est pas délicat ce que je vais écrire ici, mais observant les joues affaissées de mon ami, marquées d’un pli profond de l’intérieur de l’œil à la commissure des lèvres, joues qu’il avait autrefois rondes et bien roses, je lui ai trouvé une ressemblance avec mon chien bouledogue. Ce n’est pas Yvon qui ressemble à mon chien, c’est mon chien qui s’est mis à ressembler de moins en moins à un chien, au fur et à mesure que je me suis appliquée à lui tracer une gueule ressemblante à celle des Boxer. Plus je tentais de respecter les caractéristiques du Boxer, plus mon chien se rapprochait d’un visage humain, celui d’un homme d’un certain âge. Yvon s’en va sur ses 71 ans.
Yvon, celui qui tousse depuis un mois, m’a dit entre autres choses qu’il aimait bien mon coq, Poitrail gonflé, il s’apprête à chanter. Moi aussi, maintenant, j’aime mon coq, mais on se rappellera que je voulais changer l’arrière-plan le trouvant d’un vert agressant. Le Boxer, pour l’instant, mis à part l’aspect figé dont j’ai déjà parlé, me semble avoir les pattes entourées non d’empreintes, je fais référence aux formes blanches, mais de maïs soufflé éclaté. Là où je veux en venir, c’est que je suis incapable de savoir si j’aime une toile ou si je ne l’aime pas, si elle est réussie et comporte de réelles qualités artistiques, ou si je devrais la cacher, ne jamais l’exposer, pour ne pas faire rire de moi. Toute médaille ayant deux côtés, une référence au maïs éclaté pourrait faire l’affaire, dans le titre, parce que ça finit en é.
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Il a l’air d’avoir les fesses à l’air (bien qu’on ne voit que le début du bas de son dos), fesses d’un petit rose tendre.
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