Le gros Jacques-Yvan dit ceci à sa fille :
– Pour tes déplacements en autobus métro, en juillet, ce serait mieux que tu achètes un abonnement mensuel, et non des tickets ici et là au fur et à mesure. As-tu de l’argent dans ton compte ?
– Non, papa.
Elle aurait pu répondre «Je suis enceinte et je me fais avorter demain», la réaction du père aurait été la même : il lui tourne le dos et retourne à sa télévision dans le sous-sol. No sweat ever.
Dire que des lecteurs ont pensé, à la parution du texte du 3 juillet dernier, que je ressentais de la nostalgie pour notre union passée. Aucun souvenir tendre et aimant ne peut atténuer, ne serait-ce que le temps d’une microseconde, l’écœurantite aiguë que provoquent chez moi la nonchalance et l’égocentrisme de cet homme, assortis de son assurance de se situer au-dessus de la mêlée humaine, prétendument parce qu’il serait si intelligent.
Pas tous les jours facile la vie de convalescente d’une chirurgie cardiaque. Surtout par une chaleur pareille.
Bibi étant partie, et pour m’occuper, je décide d’écouter sur l’ordinateur le film Les Parisiens de Lelouch, que j’ai acheté à Paris à Noël dernier. Il s’agit d’un flop, apparemment, que personne ne connaît, d’ailleurs j’ai pas mal galéré d’une FNAC à l’autre avant de finir par le trouver. Le film fait partie d’une trilogie sur le «genre humain», mais je ne sais pas si les deux autres films de la trilogie ont vu le jour. Le DVD n’est pas lisible à partir du lecteur branché à la télévision, dans le salon, mais je peux l’écouter depuis le lecteur de mon portable. Je m’installe, je l’écoute, j’en oublie qu’il fait trop chaud. Au dernier vingt minutes du film, le DVD commence à sauter et l’image à geler. Je me résous à sortir le DVD, à le laver avec du savon doux, à l’essuyer, à réessayer. Il se met à bloquer AVANT l’endroit où il a bloqué la première fois.
Je me rends à la cuisine lire La Presse à laquelle je suis abonnée depuis hier le 5 juillet. Pour faire changement du bruit des sableuses électriques qui se font aller depuis ce matin chez le voisin, je démarre le disque de Melody Gardot qu’Emma m’a rapporté du centre-ville cette semaine. Entre deux cahiers du journal, je prépare mon repas, une salade à base de poulet, de fromage et de tomates, sur un lit non généreux de verdure. Je n’ai pas coupé les tomates ni tranché le poulet que le disque s’arrête. Je crois à une panne, à un cas supplémentaire de lecteur qui gèle. Maudit bâtard : le durée totale du disque est de 32 minutes 19 secondes.
La seule chose qu’il me reste pour oublier le gros Jacques-Yvan et sa cupidité, Les Parisiens dont je ne sais pas si je verrai la fin du film un jour, le 45 tours de Melody, la chaleur excessive et ma grande fatigue, les sableuses électriques, non pas la seule chose qu’il me reste mais la seule personne, décédée, c’est Sylvain Lelièvre sur CD –achat récent d’Emma également. Je mets le son au maximum et j’espère déranger le plus de voisins possible.
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