Nous sommes le trois juillet 2013. Il y a 22 ans jour pour jour, rue du Parc devant le restaurant Chez Gauthier, étant à mille lieues de pressentir que j’aurais un jour des problèmes cardiaques, j’échangeais avec Jacques-Yvan le plus tendre, le plus doux baiser qu’il m’a été donné de connaître dans ma vie. Ou que la terre ait porté. Les années ont passé et la plupart des 3 juillet qui sont survenus par la suite n’ont fait sonner aucune cloche à ma conscience. Nulle trace, nulle pensée du si beau baiser. Peut-être que j’y repense si agréablement aujourd’hui sur la seule base que Jacques-Yvan m’a conduite à l’hôpital hier matin, nous faisant vivre avec Emma un premier contact à trois depuis cinq ans. Emma était assise à l’avant avec papa, maman était assise à l’arrière par mesure de sécurité pour me protéger de l’ouverture éventuelle d’un sac gonflable. Mais à la vitesse que Jacques-Yvan roulait, pour éviter les trous et les bosses, nul sac gonflable ne se serait ouvert jamais. Il avait par délicatesse laissé sa voiture stationnée du côté que j’habite, pratiquement en face de la maison. Quand il est arrivé à la hauteur du véhicule où je l’attendais déjà, 7h15 sur le trottoir, je lui ai fait un beau sourire auquel il n’a pas répondu. C’est impressionnant à quel point, de son visage, Jacques-Yvan est inexpressif et muet. Ou encore, ce qu’il y a de si intensément expressif chez Jacques-Yvan, c’est sa remarquable inexpressivité verbale qui me fascinera toujours.
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