C’est là qu’on voit à quel point je ne suis pas femme de chiffres ! Dans 37 ans, Emma aura l’âge que j’ai aujourd’hui, mais moi, bien qu’ayant profité d’un cœur réglé au quart de tour, serai-je encore en vie à 91 ans ? Rien n’est moins sûr. Si elle se rappelle de la conversation que nous avons eue sur le canapé, dans le salon dans l’obscurité, Emma pourra seule conclure, ayant atteint les 54 ans, qu’elle aura ou n’aura pas passé sa vie à ruminer les mêmes affaires. On peut ruminer et s’en trouver enrichi, de toute façon. Il suffit de s’inspirer du thème générateur de la frustration pour en faire autant de variations élaborées et gracieuses. Il est des artistes, d’ailleurs, qui n’exploitent qu’un seul thème au cours de leur vie. Je pense à Louise Bourgeois dont l’œuvre entier aurait pour pulsion première l’horreur que lui aurait inspirée son père. J’ai déjà lu ou entendu ça quelque part. Toute médaille ayant deux côtés, il y a là de quoi remercier le père.
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Badouziennes
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Une autrice illustrement inconnue !
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