Je me suis fait une amie, Josèphe, le jour de ma coronarographie à l’Hôtel-Dieu. C’était le 7 mai, nous sommes aujourd’hui le 30. Elle ne sait pas qu’elle est mon amie, mais ce n’est pas grave. Nous avons fait connaissance dans la salle de repos. Il faut porter un bracelet de compression au poignet pendant trois heures, après l’intervention, pour bloquer l’artère dans laquelle a été inséré le cathéter. La main de Josèphe est demeurée normale malgré le port du bracelet, tandis que la mienne est devenue mauve et enflée. C’est justement pour comparer nos mains que j’ai entamé une petite jasette. J’avais l’impression que son bracelet était nettement moins serré que le mien et j’ai voulu lui demander si elle pouvait bouger les doigts normalement. Clovis est arrivé un peu plus tard, sur les chapeaux de roue, en pleine forme, alors nous avons poursuivi la conversation à trois, puis l’infirmière s’est ajoutée, nous étions rendus quatre. Le chirurgien est venu nous expliquer ce qui nous attendait dans les prochaines semaines, à savoir un appel de l’hôpital pour nous faire connaître la date de l’opération. Nous étions cinq. Puis un infirmier est venu chercher Josèphe pour un examen que je n’avais pas à subir, le chirurgien est parti, l’infirmière m’a donné mon congé, autrement dit le groupe s’est effrité. Ne pouvant saluer Josèphe, je lui ai écrit un mot sur un bout de papier, lui donnant mon numéro de téléphone pour qu’elle m’appelle, si elle le désirait, pour m’annoncer sa date d’opération. J’ai donné le bout de papier à l’infirmière, qui m’a assurée qu’elle allait se charger de le donner à Josèphe, quitte à demander à l’infirmière du soir de le faire, si son chiffre se terminait avant le retour de mon amie. Tout ça, ces lignes pleines de détails inutiles, pour dire qu’aujourd’hui, donc, le 30, en revenant du travail, j’avais un message de Josèphe sur mon répondeur. L’effet bouteille à la mer a donc fonctionné.
Ayant reçu un appel aujourd’hui de l’hôpital, elle doit se présenter samedi soir pour des tests et se faire opérer lundi prochain. Il me semble qu’en écoutant le message je me suis mise à avaler différemment. J’ai ensuite appelé Clovis, encore une fois en pleine forme. Et Emma, en forme également et à la veille de donner demain le 31 son dernier concert facien. Josèphe est prioritaire par rapport à moi car son problème est relié à la valve aortique, tandis que mon cas en est un de valve mitrale. Mais quand même, il se pourrait qu’on m’appelle sous peu. Fidèle à moi-même, j’ai peur qu’on me fasse attendre encore trois mois –dans l’idée qu’on passe tous les cas urgents sauf le mien. Fidèle à moi-même, j’ai hâte d’être opérée, mais je n’ai pas hâte. Une chose est sûre, j’ai hâte d’être en congé de l’université et je suis certaine de ne pas avoir hâte de ne plus être en congé !
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