Il n’empêche qu’en arrivant à la maison hier après avoir écrit mon embrouillamini sur les chiffres identiques et les intuitions qui circulent dans mes veines, il était 5:55 à la radio-réveil sur la commode de ma chambre. J’ai dit à ma sœur qui était sur place :
– Bibi ! Regarde l’heure !
– Ça m’arrive souvent que ce soient des chiffres identiques, me dit Bibi, pas impressionnée pour une miette. Surtout la nuit quand je me réveille pour faire pipi, il est soit 2h22 ou 3h33.
Voilà qui refroidit sa femme. Mais quand même. J’ajoute que je me suis réveillée ce matin avant que ne sonne le réveil, il était 5h55.
J’arrête là, pour ne pas perdre à jamais ma grappillette de fidèles.
Quand je me suis séparée de Jacques-Yvan, j’ai fait ça, tergiverser, avancer, reculer. Lors d’une séance mémorable avec Mélina, je suis entrée dans son cabinet en disant que j’étais prête à me séparer, et je suis ressortie en ayant décidé que je ne me séparais plus. La pauvre a eu un peu de difficulté à me suivre. Le temps de me rendre à la maison, où était Jacques-Yvan, je recommençais à me séparer, et pendant le souper je ne me séparais plus, et une fois au lit en fin de soirée je souffrais d’un mal de tête. Pourquoi n’ai-je pas simplement laissé couler le temps jusqu’au moment où la décision se serait présentée d’elle-même ? Pourquoi ce besoin, crucial tout d’un coup, d’agir, de décider, comme si ma vie était en danger ?
– Parce que tu es un bélier, me répète papa.
La nuit dernière, dans mon rêve, Clovis entrait chez moi par l’escalier étroit de la porte arrière. Je l’accueillais tendrement et nous nous installions à la table jaune de la cuisine, sur les chaises pas tellement confortables, pour poursuivre notre conversation en nous tenant la main. Il me demandait s’il est une chose que je regrettais, dans ma vie. Après quelques secondes de réflexion, je lui répondais regretter avoir endossé le rôle de belle-mère en ayant été si mal préparée. Au même moment, dans mon sommeil, Emma m’a enlacée. Elle dormait avec moi puisque Bibi dormait dans son lit.
– Clovis a trouvé Mia, a alors dit Emma, qui parle dans son sommeil, surtout quand elle est très fatiguée, or elle est au bout de sa corde à cause des concerts de fin d’année, des examens du ministère et du récent voyage à New York.
Puis je me suis rendormie, toujours tenant la main de Clovis en rêve et celle d’Emma en vrai. J’ai tendance à penser que nous avons dormi profondément.
– Avez-vous entendu le gros orage ?, nous a demandé Bibi, en pleine forme, ce matin.
– Un orage ?, avons-nous répondu d’une même voix.
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