Certains jours je ne comprends plus rien. Hier, plus que jamais, je ne comprenais rien. Dès 17 heures, n’en pouvant plus, je suis partie du bureau en me visualisant, grâce à la téléportation, déjà assise sur une des chaises jaunes de ma cuisine, assez peu confortables, et pleurant toutes les larmes refoulées de mon corps. Cela me nettoyait l’intérieur et disloquait délicatement le serrement qui étreint ma poitrine. Les larmes abondantes tombaient sur le carrelage noir et blanc et s’accumulaient en une flaque que Mia la chatonne, insensible à ma douleur fulgurante, léchait en ronronnant. Par un processus d’inversement temporel, ma sœur Bibi, qui est chez moi aujourd’hui mercredi, y était par anticipation hier mardi. Elle préparait le souper en ne s’inquiétant pas de mon besoin d’évacuation massive.
En l’absence de Bibi adjuvante bienveillante, et en attente de chouchou qui allait bientôt revenir de l’école, je me suis cependant contentée de ranger la salle en manger. Ce faisant, j’étais perplexe en ostie, comme dirait Clovis. J’essayais de comprendre les chiffres. J’essayais de leur donner un autre sens, des fois que je me serais trompée depuis le début.
– François, dans le ciel, peut-il, m’envoyant des chiffres identiques à tout bout de champ, m’orienter vers une voie qui me fait du mal ? Peut-il vouloir se venger de quelque chose ? Est-il dans le ciel, coudon, ou m’envoie-t-il des mauvais sorts depuis l’enfer ? Suis-je dans un champ aussi perdu que ceux qui longeaient la route poussiéreuse où s’est retrouvé Yuri, quand je ressens physiquement, par une sorte d’intuition qui se diffuse dans mon corps, que ces chiffres sont un signe de François ?
Autre manière de formuler mon ésotérisme : quand 13h13 et 14,14$ parsèment ma route, quand je me réveille la nuit à 2h22 ou 3h33, comment ça se fait que je ressens, circulant furtivement dans mes veines mais circulant quand même, la présence de François, moi qui ai tant trouvé quétaines et fleur bleue les élans d’enthousiasme de certains proches qui vantaient les signes de leurs morts à eux !
– Maudit bâtard, comme dirait mon frère aux grandes pattes d’ours.
Il y a pire : un aspect précis de ma vie, celui bien entendu des amours, est empreint de la présence de François depuis son décès, du moins dans mon imagination. S’il s’avère que mes nombreuses tergiversations en la matière finissent par aller dans le sens qui me semble être celui que François préconise, je regarde l’heure, par hasard, il est 12h12.
En fin de semaine, j’étais en train de laver la vaisselle, j’ai forcé le hasard voulant faire un test. Je me suis dit :
– Assez niaisé, je vais dans le sens que me suggère François.
Je regarde l’heure en le faisant exprès cette fois, 11h11.
Quand, après avoir traversé une énième crise intérieure et tourné les possibilités, les décisions à prendre, de tout bord tout côté, je finis par me dire, épuisée au max :
– Bon, je vais aller dans ce sens-là
et que ce sens-là est celui qui me semble être, encore une fois, celui de François, un fluide intérieur me parcourt le corps en approbation et en appui aux chiffres identiques : 16h16.
J’aurais besoin d’une cartomancienne en ce moment, j’aurais besoin de l’entendre me dire :
– Allez dans le sens du défunt.
Ces derniers temps, pour me calmer, je me couche en me disant qu’il suffit que je me laisse porter.
– Je vais me laisser porter, et on verra bien, la réponse va m’arriver.
Mais si la cartomancienne y allait de sa voix en supplément, confirmant que la réponse se trouve du côté que me souffle François, je pourrais être assez folle pour plonger, sur la seule base qu’au-delà du fluide paranormal qui me parcourt les veines en me faisant frissonner, la cartomancienne m’encourage.
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Je pense que tu as raison et que je vais plonger. Si je faisais un geste important pour concrétiser mon plongeon, et sans savoir de quel geste il s’agit, penses-tu que tu aurais tendance à l’honorer ?
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