Quand je quitte la maison le matin passé mon heure habituelle pour aller travailler, je me fais la réflexion que j’ai des chances de rencontrer Simona. C’est ce qui est arrivé en ce jeudi saint. J’étais presque arrivée au métro Villa-Maria quand je l’ai vue. Ma manière de lui faire signe consiste à la siffler en me mettant quatre doigts dans la bouche, l’index et le majeur de chaque main. Je ne suis pas capable de siffler en utilisant seulement deux doigts. Comme elle est bien éduquée, son réflexe premier est de ne pas détourner la tête à la recherche du malotru qui siffle sans se gêner. Puis elle se ravise, se rappelant que nous habitons le même quartier, elle tourne la tête et elle me voit.
Quand je quitte la maison le matin à mon heure habituelle et que je ne me sens pas trop paresseuse, j’emprunte un autre chemin, je marche jusqu’au métro Snowdon. C’est plus long mais le parcours me plaît davantage. Habituellement, je n’y rencontre personne. Il m’est arrivé à quelques reprises de faire comme si je voyais passer Arthur dans sa jaguar bleue, dans la jolie portion boisée de Hampstead, avec ou sans sa femme à ses côtés. Il me semble faire référence à un passé déjà trop lointain qui ne trouve plus d’écho en moi. Quand je pense, à ce propos, avoir imaginé que DSK et Anne Sinclair vivaient une relation amoureuse au-dessus de la mêlée, j’ai presque honte de ma naïveté.
Je reviens au travail le 2 avril. Nous allons nous dépatouiller comme on va pouvoir, à défaut de savoir ce que nous réservent les nouveaux systèmes sensationnels qui seront déployés pendant le congé de Pâques. Cela veut dire que le mois d’avril risque d’être fini avant qu’on ait eu l’impression de l’avoir commencé. Puis, le 11 mai 2013, j’aurai deux ans de décade derrière moi. J’entamerai le 12 mai le décompte de la septième année. Petit train va loin, comme dit papa. Bof. Il ne va nulle part, en fait, il fait du surplace, si on peut dire cela d’un train. Il tourne en boucle et revient régulièrement à son point de départ, comme le train électrique de mon frère, quand il avait huit ans. Qu’importe. J’aurai quelque huit cents pages d’accumulées –à double interligne– début mai. Un jour, si je vis vieille, et que ma vue ne se brouille pas comme celle de papa, je pourrai relire tout ça. Ou Emma. Et si je ne relis rien, ni Emma, ce n’est pas plus grave non plus.
Joyeuses Pâques !
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