Aujourd’hui j’ai besoin d’adjuvants. Comme je ne dispose ni de branches de céleri, ni de motte de pain, ni de biscuits secs, je me tourne vers mes alphas. Aux dires de la majorité de mes lecteurs, je me tire dans le pied en matière de lisibilité quand je les laisse évoluer au gré de leur fantaisie. Mais advienne que pourra.
Certains s’en souviennent peut-être, Simona habite mon quartier. Elle héberge sa tante Wilma depuis quelques jours. Les deux femmes marchent en ce moment sur la rue Monkland en direction de la pâtisserie de Nancy. Wilma exprime une joie enfantine devant toute cette neige tombée récemment. Ses yeux bleus sont encore plus pétillants que d’habitude. N’ayant pas de bottes d’hiver, Wilma porte celles de Simona, même si les bottes de sa nièce sont pas mal trop grandes pour elle. Qu’importe, l’essentiel c’est de profiter de toute cette beauté lumineuse.
Le plan de match initial de Simona était de conduire Wilma à la campagne en fin de semaine, saluer Yuri et Yasmine, sous l’œil curieux de ma tantine, probablement, qui surveille volontiers les allées et venues depuis la fenêtre de sa cuisine, pour me faire rapport par la suite. Mais en ma qualité d’auteure de toutes ces lignes et de tous ces personnages, je me porte responsable d’une omission importante qui a des incidences sur plusieurs personnes réelles et fictives : c’est que la maison de campagne, en fin de semaine, est occupée par un groupe de jeunes femmes qui existent bel et bien, en chair et en os, à savoir les pionnières du mouvement scout d’Emma. Il y a un petit hic, cependant : Emma ne sera pas là ! Elle assiste à des funérailles dans la région de Québec. Comme elle est débrouillarde, autonome, indépendante et mature, je ne me fais pas de souci pour elle quant à sa capacité de se trouver des adjuvants pour rendre sa vie plus agréable ce week-end. Une chose est sûre, elle n’amènera pas sa flûte ! Elle est en congé d’auditions et d’épreuves diverses. Et probablement acceptée à St-Laurent, selon des sources officieuses.
Les pionnières scouts sont par définition débrouillardes aussi et matures, elles ont vécu toutes sortes d’expériences en forêt, en voyage, en situation d’aide auprès de personnes démunies, elles sauront mettre la maison à leur main. Clovis est à ce sujet terriblement inquiet :
– Dans quel état allons-nous retrouver la maison ?, me dit-il.
– Dans l’état où nous l’avons laissée, lui dis-je, mais il maintient un petit doute.
Me sachant dans l’eau chaude, car nous nous sommes à nouveau rencontrées dans le métro hier, Simona s’est portée volontaire pour recevoir tout le monde chez elle dès demain vendredi en fin d’après-midi. Tout le monde, c’est Yuri et Yasmine enceinte, Wilma qui est déjà chez Simona, et elle-même, Simona. En fin de compte, ça ne fait que quatre personnes, trois femmes et un seul homme. Ne pas devoir nous rendre à une cabane à sucre familiale, en fin de semaine, Clovis serait allé porter main forte à Yuri pour qu’ils soient au moins deux hommes chez Simona, mais ce ne sera pas possible.
Parfois, le bonheur des uns fait le malheur des autres. Mais il arrive que tout se solde dans le bonheur : bonheur des scouts de séjourner à la campagne, bonheur de tantine d’avoir tant d’allées et venues à surveiller car elles sont vingt pionnières, bonheur des alphas de créer des liens et d’aller voir chez Nancy où en est le pâtissier dans sa création de biscuits papeauté.
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