Jour 1 802

– Le pape n’a pas de lunettes ?, me suis-je exclamée devant la pâtissière.
– Nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour fabriquer le moule, m’explique la dame en riant. Nous n’avions qu’une ancienne photo, du temps que l’homme était jeune et ne portait pas de lunettes. Mais il devrait en porter demain car notre pâtissier travaille là-dessus !, ajoute-t-elle avec l’entrain caractéristique et la voix flûtée des pâtissières françaises, car la tenancière de l’établissement est française.
– Hum, c’est délicieux, dis-je à mon amie Simona, en croquant dans la tête du pape.
La gourmandise n’est pas faite de massepain finalement, mais d’une pâte à biscuit au beurre.
Nous sommes assises à l’une des tables, à l’intérieur du commerce, et attendons que le café nous soit servi.
Simona, c’est une version S, et j’ai envie d’écrire soft, de la Simone de Bellevue qui ne reviendra probablement pas dans mes écrits. Tout au plus, je pourrais insérer ici et là, dans mes textes à venir, de brèves réminiscences de mon enlèvement parisien. À moins, autre possibilité, que nos routes ne se croisent advenant que Simone vienne au Québec, ou que je retourne avec Clovis à Paris, ou que nous nous retrouvions tous les trois quelque part dans un lieu touristique. Mais les probabilités sont infimes.
– Une autre chose que je voulais t’amener à considérer, me dit Simona, c’est que tu fais voyager tes personnages pour rien. Je ne comprends pas pourquoi Yuri a fait du stop sur les routes des États-Unis, avant de se retrouver, plutôt enfermé, dans ta maison de campagne avec Yasmine. Et depuis qu’ils y sont tous les deux, il ne semble pas se passer grand-chose !
– Bien… nous avons mangé du pudding au riz, le meilleur que j’ai fait dans ma vie.
– Un peu de sucre ?, nous demande la serveuse en nous servant nos cafés d’une main et en nous tendant des sachets de sucre de l’autre main.
Ce doit être la fille de la tenancière car elle lui ressemble énormément.
Il y a dans la pâtisserie de Nancy, comme dans la majorité des commerces maintenant, un écran de télévision qui diffuse des informations en permanence. Depuis deux jours, il n’est question que du nouveau pape. Comme nous avons commandé chacune deux biscuits et qu’il en reste un, intact, dans l’assiette, nous en profitons pour comparer le visage imprimé sur le biscuit à celui qui n’arrête pas de bouger à la télévision. Quand même, le pâtissier est doué.
– J’ai envie d’acheter un autre biscuit pour demander à Emma si elle reconnaît le personnage, dis-je à Simona.
– Bonne idée ! Je pourrais demander à ma tante, qui vient d’arriver de Paris, si elle le reconnaît aussi !
– Tu ne m’avais pas dit ça. Tu héberges ta tante ? Pour un certain temps ?
– Dans le fond, tu la connais mieux que moi, me répond Simona. Elle s’appelle Wilma…

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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