Jour 1 806

Aujourd’hui, dans ma vie archi routinière de fonctionnaire qui travaille tout le temps à cause des systèmes informationnels qui n’en finissent plus de ne pas finir de se déployer, il est arrivé quelque chose d’extraordinaire. Vers 11h30 Emma m’a téléphoné pour proposer que l’on mange ensemble. Ce n’est pas cela qui est extraordinaire. J’avais le corps tendu comme une barre de fer parce que je devais finir ceci et cela, et encore cela d’ajouté et ceci qui ne fonctionne pas, maudit bâtard, alors j’ai voulu répondre non et justifier ma réponse, mais heureusement j’ai fait le contraire, j’ai dit :
– Chouchou c’est une excellente idée, mais j’aurai peu de temps.
– Parfait maman ! À tout de suite, a répondu Emma.
Nous sommes allées manger au chic restaurant Percé dont j’ai déjà parlé dans mes écrits.
Comme je suis hyper fatiguée, j’ai eu peur de me mettre à pleurer, pour rien, devant ma fille. Or, voici ce qui s’est passé. Je mérite, pour cela, il me semble, trois semaines de congé.
Il a beaucoup été question, pendant le repas, au-delà de ce à quoi je m’attendais, d’une petite situation qui taraude Emma. Comme elle est discrète, guère encline à s’étendre sur les problèmes et pas du tout plaintive, j’ai été étonnée de pouvoir avec elle aborder tous ces aspects du problème, sans que je sente qu’il était temps d’arrêter d’en parler.
Au bout d’un moment, je me suis entendu dire à Emma, et son regard est devenu particulièrement prégnant et concentré pendant que je prononçais mon petit laïus, je me suis entendu dire qu’elle était une bonne et belle personne, et qu’elle devait s’assurer de ne pas se comporter de manière contraire à ce qu’elle est, à ce qu’elle ressent, à ce qu’elle pense. Qu’elle était intègre, honnête, jamais malveillante. Et que si, étant l’être qu’elle est, il advenait qu’elle soit mal accueillie par quelqu’un, de façon générale, dans la vie, il importait qu’elle soit capable de prendre en compte que son comportement et son être n’en étaient pas la cause.
Là, Emma s’est mise à pleurer. Et moi à réaliser que je venais de dire à ma fille des paroles d’une grande importance sur un ton absolument pas dramatique, tout à fait normal. Avant de me mettre à pleurer moi-même, prenant conscience de la gravité de notre échange, j’ai fait la niaiseuse, comme d’habitude, ça marche tout le temps, et j’ai dit :
– Je viens de te dire tout ça, Emmanuelle, ces paroles qu’il ne te faut pas oublier, sans avoir pleuré moi-même, je n’en reviens pas.
Et, comme la fois que nous avions attendu une heure la pizza au restaurant de St-Alphonse et que je m’étais écrié Alleluia !, quand elle est était enfin arrivée, les bras levés au ciel, j’ai levé les bras au ciel, mais sans crier Alleluia.
Emma s’est levée, s’est installée sur ma banquette et nous nous sommes enlacées. La serveuse est venue nous demander si tout allait bien.
– Tout va très bien, madame, ne vous inquiétez pas.
Je suis enchantée d’avoir écrit ce qui précède, en vitesse, car un jour je vais me relire et ainsi m’en rappeler. Et certainement que me relisant je vais brailler !

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 1 806

  1. Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

    Le Percé… est-ce que ce lieu solennel ne serait pas pour toi un point de rencontre équivalent à l’église paroissiale de nos parents?

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