Jours 8, 9 et 10 nous sommes allés au cinéma MacMahon, situé boulevard Niel. C’est une petite salle de répertoire d’une centaine de places dans laquelle tout est rouge : bancs, murs, plafonds, escaliers, moquettes.
On traînait à l’appartement le matin. J’essayais de dormir pendant que Clovis faisait du ménage en chantant et en sifflant parce qu’il était heureux. Quand je me levais, ça sentait les produits d’entretien, les croissants au beurre du boulanger ayant pignon sur rue dans notre édifice et les clémentines de la Corse.
On se promenait sans but précis dans le quartier en début d’après-midi. Aux premières de nos promenades, j’ai tenté de proposer une destination, mais j’ai vite compris que c’était impossible parce que Clovis s’arrêtait partout et parlait à tout le monde.
Au bout d’un moment, quand on était fatigués de marcher, on prenait le métro. On entrait dans n’importe quelle station, et on sortait à n’importe quelle autre pour fureter pas trop loin. Vers 16 heures, on se dirigeait vers la Place-de-l’Étoile pour assister au cinéma à la représentation de 17 heures.
Jour 8, allant au cinéma pour la première fois voir Jane Eyre –que j’avais vu à Montréal sur DVD l’été dernier avec Thrissa–, nous ne savions pas que nous allions y retourner le lendemain. Quand Clovis m’a demandé, le matin du jour 9, si je voulais retourner au cinéma voir cette fois Indian Palace, j’en ai eu très envie. J’aurais voulu qu’on en profite pour s’habiller en rouge, mais on n’avait rien de rouge sauf mes gants de laine. Alors Clovis a enfilé un gant, et moi l’autre, et on a marché en se tenant la main du côté ganté. Assez vite nous avons gelé de l’autre main, même si elle était dans la poche de notre manteau, mais ni l’un ni l’autre n’a en parlé pour ne pas gâcher le plaisir.
En sortant de la salle, jour 9, j’ai proposé à Clovis que l’on mette nos gants de manière inverse : la main gantée du côté libre –que l’on pouvait réchauffer en plus dans la poche du manteau si on le voulait–, et la main nue de l’un tenant la main nue de l’autre. Nous n’avons pas eu froid.
– C’est parce que tu parles tout le temps que tu as les mains si chaudes, ai-je dit pour badiner.
Quand j’ai mis mes gants de laine rouge ce matin, pour changer, ayant porté mes gants de cuir noir tout le mois de janvier, j’ai remarqué qu’un gant est maintenant pas mal étiré et que les fils à la rencontre du pouce et de la paume sont sur le point de céder. Souvenir de Paris.
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