J’arrive du salon funéraire où je me suis rendue en fin d’après-midi par amitié pour une collègue amie qui a perdu sa maman. Ludwika prévoyait venir avec moi mais elle n’a pas pu, finalement. Bien entendu, je n’ai pas pensé à mon affaire en m’habillant ce matin. Je suis allée vers une tenue vendredi mollo relax. Or la collègue est avocate, du coup la moitié de la Faculté de droit était sur place, les femmes en élégants tailleurs et les hommes en veston sombre et cravate sobre. J’étais la seule femme à porter des bottes de randonnée, des pantalons, et des chaussettes remontées à mi-mollet –pour faire comme les jeunes ! François ne pouvait assister à l’événement puisqu’il est décédé. L’avoir pu, il aurait certainement été présent, ayant travaillé lui-même à la Faculté de droit, et ayant été un proche encore plus que moi de la collègue amie. Avoir été vivant, il m’aurait fait penser, ce matin quand je me suis habillée, de choisir des vêtements mieux adaptés à la circonstance. Je lui aurais dit :
– Ah ! merci de m’y faire penser !
D’où il ressort qu’à deux, c’est toujours mieux.
N’ayant pas eu l’occasion d’écrire mon mot ce midi, car j’ai dîné avec une autre collègue amie dont c’était le dernier jour de travail aujourd’hui en raison de la fin de son contrat –elle n’a pas, comme moi, la chance inouïe d’être une employée permanente de l’université–, c’est maintenant seulement, 18h30, que je peux me consacrer à mon mot du jour.
Comme nous appartenons tous à une famille unique dans laquelle s’entremêlent à l’infini les interrelations humaines selon parfois un certain phénomène de synchronicité, je suis arrivée à la porte de mon édifice en même temps que le papa de ma fille. Nous sommes peut-être, à part le concierge et l’homme d’entretien que j’ai salués en entrant tout à l’heure, les deux seuls employés de l’université dans notre pavillon en ce vendredi soir.
J’ai pour maigre adjuvant un pain acheté moitié prix hier aux noix et aux raisins, très bon, mais il joue davantage le rôle de souper que d’adjuvant et d’ailleurs il ne m’en reste que deux petites tranches.
En raison des occupations qui ont rendu inhabituel le déroulement de ma journée, je n’ai pas réussi à savoir ce qu’il y a d’écrit de la main de Clovis sur la feuille que Lyncha retourne d’un bord, de l’autre, comme si elle lisait le texte en boucle, sans pouvoir s’arrêter. Je n’ai pas eu l’occasion de vérifier non plus s’il est vrai que la vieille dame aux yeux pleins de bonté qui porte des gants de chevreau jaune pâle et des escarpins fourrés pour l’hiver se prénomme Wilma, comme certaines sources commencent à le laisser entendre. Pas su par ailleurs où est rendu Clovis. Je sais cependant que dans la journée, pendant que Lyncha tournait et retournait le billet écrit de sa main, toujours assise sur le banc où elle s’est assise six ans auparavant en compagnie de sa fille et qu’elles ont fait des dessins, Clovis a tout nettoyé des murs, des comptoirs et du plancher (poulet calciné) avant de retourner se promener. Très satisfait de la qualité et de l’odeur des produits d’entretien, il a laissé les contenants à la vue en prévision d’en acheter et d’en rapporter. Malheureusement, il allait se rendre compte, jour 7, que ce serait beaucoup trop lourd dans sa valise.
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