Cette année, Zoé ne voulait pas fêter Noël mais plutôt s’isoler chez elle et vivre une retraite fermée dans le calme. Or, la propriétaire du triplex qui habite juste en-dessous, nous sommes rue Garnier dans le nord du quartier Villeray, l’a informée qu’elle organisait un gros party, comme seuls savent en organiser les Portugais, car le mari de la propriétaire italienne est portugais.
Du coup, parlant avec Yasmine au téléphone, Zoé hésite maintenant entre organiser un gros party chez elle pour concurrencer le party portugais, ou participer au party de la propriétaire car elle, Zoé, y a été invitée.
– N’y va pas, l’a convaincue Yasmine, on va s’arranger entre alphas.
– C’est vrai qu’on en a quelques-unes à inviter…, a répondu Zoé.
La première qui nous vient à l’esprit est bien entendu Xena. Elle a cuisiné les meilleurs souvlakis il n’y a pas longtemps, elle en a même apporté à maman. Elle pourrait récidiver et en faire cette fois une grosse quantité.
Ce sera un événement multiethnique car d’ores et déjà nos trois amies représentent trois cultures : balkanique (Y), méditerranéenne (X) et québécoise (Z).
– Puisqu’on a inventé Xena et que Wilma n’arrive toujours pas, dit Zoé à Yasmine, on pourrait l’inventer aussi ?
– À ce moment-là, répond Yasmine, il faudrait vite décider quelle est son origine pour lui demander un plat typique de son pays.
– On y reviendra, répond Zoé qui a déjà la tête à Vivienne Westwood.
– En tant qu’Américaine, poursuit-elle, elle pourrait apporter de la purée rehaussée de guimauve fondue, savais-tu que les Américains adorent ça ?
– Vivienne Westwood est faite de terre glaise, la corrige Yasmine, heureuse de s’épargner la purée sucrée.
Zoé, qui commence à s’habituer aux tournures pas toujours géniales de Yasmine, se contente de répliquer :
– À ce moment-là, on va lui demander du thé.
– Ce serait stupide, cette femme est millionnaire ! Elle pourrait apporter un énorme plum pudding accompagné d’une sauce au scotch bien alcoolisée, j’ai vu ça dans le plus récent livre de la Di Stasio.
– Pourtant la Di Stasio est italienne, remarque Zoé.
– On y arrive, à l’Italie, avec Ursula Vilegliotti. C’est aristocratique la rencontre de ces nom et prénom. Je l’imagine grande, très mince, encore plus que moi, le nez fin, plus que le mien…
– C’est facile à battre, lui dit Zoé à la blague. Elle apportera des pâtes faites maison ?, enchaine-t-elle aussitôt craignant que Yasmine soit vexée.
– Je n’oserais pas, elle est trop belle, répond Yasmine, pas vexée finalement. Demande-lui plutôt de fournir des grands crus, du champagne, du Château d’Yquem… Une qui serait bonne pour faire des pâtes savoureuses, poursuit Yasmine, c’est Thrissa, l’amie ontarienne de Lyncha, dont le père est le fils direct d’un immigrant italien.
– Ça paraît que tu ne lis pas le blogue de Lyncha, l’interrompt Zoé.
On entend le plancher de bois craquer à ce moment-là car Zoé est en train de chercher un papier et un crayon pour faire une liste de qui apporte quoi.
– Thrissa est en Inde jusqu’à la fin janvier, poursuit Zoé.
– Écoute, poursuit-elle encore, on va mettre quelques noms dans le même panier parce que le texte d’aujourd’hui ne finira jamais. Que dirais-tu si Simone de Bellevue, les Rita Mitsouko– malgré le décès de Fred Chichin–, Quinine et Presqu’île étaient tous les quatre d’origine française ? Ils apporteraient des produits du terroir.
– Demande à Simone de m’apporter des Marlboro, lui dit Yasmine pour toute réponse, celles de la France sont meilleures que les américaines.
– Tu n’avais pas arrêté de fumer ? demande Zoé en sautant à Oscarine sans écouter la réponse de Yasmine, qui ne répond pas de toute facon.
Mais Oscarine, selon des sources sûres, est sur un bateau de croisière en ce moment.
– On va la laisser tranquille, se dit Zoé tout haut, en poursuivant ce qu’elle pensait tout bas.
– Et Nicoletta s’en va au Vénézuela, enchaine Yasmine qui commence à trouver, elle aussi, que le texte ne finira jamais.
– Je ne sais pas ce que Manon Lescault fait dans la liste, Lyncha a été nommée et Karénine n’est pas née, décline Zoé.
– Avec les droits d’auteure qu’on lui devine, on devrait demander le minimum à Jeanne Le Roy, genre des serviettes de tables, se disent les deux femmes.
– En revanche, Inès de la Fressange est millionnaire mais pas vraiment accessible, se plaint Yasmine.
– Alice est décédée, se plaint à son tour Zoé en sautant plusieurs noms de la liste.
Emmanuelle, encore une fois selon des sources sûres, fait les meilleurs biscuits aux épices en ne lésinant pas sur la quantité de poivre de cayenne, mais elle est retenue chez son père cette année.
– C’est une blague, le poivre de cayenne ?, demande Yasmine.
– Non, non, c’est vrai, c’est une idée de la mère et c’est délicieux, lui dit Zoé.
Clovis sera à Paris avec Lyncha, Bibi ne voudra rien faire parce qu’elle n’a pas encore digéré le coup des émoluments cachés dans l’aspirateur…
– Il reste une Denise, poursuit Yasmine.
– Desdémone, la corrige Zoé.
– Si tu veux. Il reste Desdémone, Fidélia, Gabrielle et une dame Harvey.
– On n’ira pas chier loin, conclut Zoé, on n’a même pas abordé la question du plat principal.
– Bof, lui dit Yasmine, on ira chez les Portugais ?
– Et Xena ?, s’étonne Zoé sans se rendre compte que Yasmine vient de s’inviter, mine de rien, chez la propriétaire, rue Garnier.
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Fiou ! Écrit hier soir sur le tard … merci d’être là, toujours.
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