Jour 1 893

– Je voudrais me déguiser en fleur, m’avait dit Emmanuelle pour l’Halloween, je pense que c’était l’an passé.
Finalement, elle s’était déguisée en Ninja.

Emmanuelle Ninja

Emmanuelle Ninja tricotant

J’étais déguisée en Ninja, sans le masque tirant ses origines d’une chaussette orpheline, samedi dernier quand nous sommes allés à Rawdon, Clovis et moi.
Je pensais à ça ce matin dans le métro en feuilletant la revue Parcours dans laquelle il y a un article sur Serge Lemoyne. L’artiste a fait de sa maison, à Acton Vale, le centre de ses inventions, à tel point qu’il a été poursuivi par la municipalité parce que tout le monde n’était peut-être pas fou de ses inventions multicolores. Il a gagné son procès et sa maison a été désignée œuvre en progression, ou quelque chose du genre. Je ne prends le métro que le temps de deux stations, quand je marche depuis la maison jusqu’à la station Snowdon, comme je l’ai fait ce matin. C’est mon nouveau programme d’entraînement pour être en meilleure forme, car à force de rester bien assise tous les midis pour écrire, je suis moins en forme. En tout cas. Dans la revue il y a Lemoyne, sa maison, et je n’ai pas eu le temps de parcourir les autres pages. Cependant, j’ai eu le temps de me dire que Lemoyne faisait avec sa maison ce que je fais avec mon corps en le couvrant de tenues saugrenues.
Dans l’auto de Clovis, direction Rawdon, il y a, donc, Ninja. Il s’agit bien entendu de la Subaru marine, que Yasmine, par ailleurs, emprunte à l’occasion. J’étais une Ninja non pas multicolore mais monochrome. Depuis qu’il sait que Yasmine est mon amie, Clovis accepte de lui passer sa voiture. Il ne le fait pas de gaieté de cœur car sa voiture est une nouvelle acquisition, d’une part, et car Yasmine est traîneuse et pas vraiment fiable, d’autre part.
Voici en gros comment j’étais habillée. Je portais les pantalons de Jean-Claude Killy. On peut s’en procurer sur Internet, tous les pantalons qu’il a portés pour skier au fil des années ont été mis en vente sur eBay. Comme ce n’est pas à la mode et que M. Killy n’est pas à la mode non plus, les pantalons ne coûtent pas cher, à tel point que j’en ai commandé trois paires. Je les ai reçues la semaine dernière. Ces paires s’ajoutent à celle de François que j’ai déjà portée, et lui aussi bien entendu du temps de son vivant, mais pas Jean-Claude Killy. J’avais malheureusement enfilé des baskettes qui n’étaient pas noires. Avoir porté mes chaussures de garçon, noires, je les aurais abîmées lors de notre randonnée aux chutes Dorwin, qui se voulait la raison principale de notre déplacement à Rawdon, surtout qu’à certains endroits, dans les sentiers, il y avait de la boue. Je portais une sorte de chapeau noir qui épouse la forme de la tête, on dirait un casque de bain, mais le couvre-chef est conçu pour les sports d’hiver. J’ai déjà mis ce chapeau à l’Hôpital Général Juif pour une séance de radiothérapie de François. J’imagine qu’il n’y avait rien à faire avec mes cheveux, ce jour-là, pour avoir été obligée de les dissimuler de cette façon. Je portais en vêtement principal un sous-vêtement à manches longues en laine mérinos que j’ai donné à Clovis mais que je lui ai aussitôt emprunté. Au moment où il me disait qu’il était préférable de porter une camisole de coton en dessous pour que ça pique moins, j’avais déjà mis le vêtement, alors j’ai mis la camisole de coton par-dessus. Une fois dehors, j’ai mis des gants féminins, jolis, agrémentés d’une série de quatre boutons sur les côtés qui couvrent les poignets, noirs les boutons et les gants. J’avais pris soin de porter des sous-vêtements noirs et des chaussettes noires, juste pour dire que le concept était respecté sur et sous tous les plans. Comme Yasmine, ou comme ma mère, j’avais mis des lunettes fumées.
Nous sortons de la maison, nous entrons dans la Subaru. Je m’assieds sans m’en rendre compte sur une petite babiole qui émet un bruit de trompette en recevant mon poids.
– Ça doit appartenir à Yasmine, me suis-je dit, un brin énervée car le bruit m’a fait sursauter.
J’ouvre le coffre à mains, j’y mets la figurine, nous partons.
– Je vais m’arrêter chez Subton, mon chat, pour une évaluation, me dit Clovis en cours de route. Il est peintre en bâtiment et le commerce Subton en question a besoin d’être repeint à l’intérieur.
– Ça ne sera pas long, a-t-il ajouté, en cherchant mon regard pour vérifier que je comprenais bien.
Je comprenais bien et il n’a pas eu à s’inquiéter : Lynda Ninja chat a attendu chéri dans la voiture.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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