L’éditeur ne voit pas forcément les choses de la même manière. Je ne peux aller le voir ce soir, finalement. C’est seulement mon deuxième jour de retour au travail et mon horaire ne contient déjà pas assez de compartiments pour tout y caser. Je lui ai téléphoné ce matin pour l’informer que j’allais lui acheminer mon fichier par courriel. Nous avons pris un petit dix minutes pour nous donner des nouvelles. J’aime sa voix très douce qui m’a incitée à parler doucement aussi, à tel point qu’à quelques reprises il m’a fallu répéter.
– Le 6 octobre dernier, ai-je donc répété, j’ai reçu 226 accès sur mon blogue, et deux jours avant, 158. Vous rendez-vous compte ?
Il veut prendre au moins un mois pour lire et relire et penser, comme je l’ai fait en retraite fermée pendant dix jours à la campagne, à la valeur de mon projet et en sa viabilité. Il m’a quand même calmée dans mes transports en précisant que mes 305 pages ne sont pas faciles à lire, qu’on est presque obligé de lire d’une traite pour ne pas s’y perdre, et que lire d’une traite, de nos jours, il n’y a plus personne qui a le temps de faire ça.
– Ou alors, a-t-il ajouté dans une autre phrase séparée de la précédente par une bouffée de fumée de sa cigarette, ceux qui ont le temps de lire d’une traite ne lisent pas votre type d’écriture lynchanienne, soyez-en certaine.
– Chapeau, me suis-je dit en esquissant un sourire qu’il n’a pas vu, comment fait-il pour se rappeler de mes mots inventés ?
Pendant ma retraite fermée, j’y reviendrai car dans les prochaines minutes je dois m’en aller, il n’est pas une seule voiture qui soit passée dans l’avenue sans que j’espère, de toute la force de mes viscères, qu’il s’agisse d’une Subaru marine. Pas une, de jour comme de nuit, car il est arrivé certaines nuits que je dorme d’une oreille.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories