J’attendais mon tour de voter dans l’école Willingdon. C’était bien réglé. Un bénévole ayant le sens de l’organisation et une voix forte –c’était un homme d’un certain âge– nous plaçait en rangs dès notre arrivée en fonction de notre numéro de pole. En prime il faisait des blagues, il disait aux gens :
– Rappelez-vous quand vous étiez en rang à l’école après les récréations et que vous n’aviez pas du tout envie de remonter en classe !
J’avais le numéro 88. Pour mal faire, c’était la rangée dans laquelle il y avait le plus de monde. Réalisant tout à coup que je pourrais rencontrer des gens que je connais ne serait-ce que minimalement car voisins du quartier, je m’en suis voulu d’être arrivée à l’école les cheveux tout mouillés et pas démêlés, le visage pas mal défait car Emma est venue s’étendre à deux heures du matin de tout son poids dans mon lit et sur la chatte à la suite d’un cauchemar. Elle a dit :
– Oh ! Pardon Mia
puis elle s’est rendormie, laissant à maman quelque chose comme un pied d’espace sur le bord du lit.
Au moins, je portais une jolie robe et des sandales blanches assorties.
À côté de moi, rangée associée au pole 87, se trouvait une dame connue, je suis certaine de l’avoir déjà vue à la télévision, il y a un certain temps car elle n’est plus jeune jeune, bien que n’ayant aucun cheveu gris car elle se teint en brun foncé. Elle critiquait de sa voix habituée à parler fort :
– On nous dit de nous présenter à telle adresse et année après année, au fil des élections, ce n’est jamais à cette adresse qu’on doit se présenter mais à la porte à côté, sur la rue d’à côté.
So what, madame ?
Au bout d’un moment, un homme de ma rangée s’est senti investi de la mission d’accélérer le processus qui était je l’avoue un peu lent. Il semblerait qu’une fois derrière l’urne, les gens remettent leur choix en question et ne savent plus où tracer la croix. Dans certains cas, cela peut prendre quelques, voire plusieurs minutes. L’homme qui a voté juste avant moi a pris tellement de temps que je me suis présentée à la table, pensant que je ne l’avais pas vu quitter l’urne. Mais il y était encore, penché, j’arrivais à la table pour qu’on m’identifie et qu’on raye mon nom de la liste électorale quand je l’ai vu se redresser. Je suis donc retournée à ma rangée, en première position. L’homme investi de la mission qui nous faisait un petit tapotement sur l’épaule pour nous faire signe d’y aller a eu un soupir d’impatience, le pauvre, me voyant revenir.
Ça y est, ça me revient, la dame rangée 87 qui critiquait est une comédienne et je me rappelle de son nom mais je ne l’écrirai pas, ne serait-ce que par respect pour son âge, qui pourrait être celui de sa rangée.
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