C’était prévisible et pourtant je ne l’aurais pas deviné. Quel livre, d’après vous, mon ami Arthur est-il allé s’acheter chez Renaud-Bray ? Les trois mousquetaires, effectivement, dans une version traduite en anglais.
Ça faisait déjà un bon moment que je ne le voyais plus dans mon quartier, ni sa femme d’ailleurs, quand j’ai découvert au printemps dernier, un soir en arrivant à la maison, qu’il y avait un message de sa part sur mon répondeur. J’adore sa voix grave. Il me demandait de le rappeler sur son cellulaire, mais ce soir-là Emma et moi on s’étaient lancées dans la confection de tartes et j’avais oublié de le rappeler. Pour faire une histoire courte, je ne l’appelle jamais, mais de son côté il me téléphone des fois de temps en temps et hier soir, précisément pour me parler du livre, il m’a téléphoné.
Je n’aime pas parler au téléphone, et encore moins quand il faut que je parle en anglais, et pas du tout quand je suis fatiguée, comme hier. J’ai eu l’impression qu’Arthur me téléphonait essentiellement pour critiquer la manière dont Alexandre Dumas décrit son personnage principal, à savoir le beau et le jeune d’Artagnan. On aurait dit qu’il voulait que je sois d’accord avec lui à l’effet que le personnage manque d’épaisseur.
– I love these nice hats with a long feather, ai-je dit, incapable de soutenir encore plus longtemps l’effort nécessaire pour le comprendre et convaincue, de toute façon, que je n’avais rien compris.
– I love them too, m’a dit Arthur, and I’ll see you soon. Et il a raccroché.
Je pense que je commence à être pas mal mélangée. Arthur m’a-t-il téléphoné ? Suis-je un personnage principal au même titre que d’Artagnan, mais dans un récit différent et à une autre époque ? Emma a-t-elle déjà fait des tartes avec moi ? Je pense que non. Des biscuits, oui, du fudge, du sucre à la crème, des gâteaux, mais des tartes ou des quiches, je ne pense pas.
Je vais de ce pas me confronter moi-même à la réalité extradiégétique : je vais marcher jusqu’au seul restaurant qu’il y a à proximité de mon pavillon, il s’appelle le Percé, et je vais aller vérifier si un parapluie y aurait été oublié.
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Badouziennes
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Une autrice illustrement inconnue !
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J’aime beaucoup le passage avec les gateaux, les biscuits et les tartes.
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J’ai été un d’Artagnan, dans le passé, adolescent. J’avais le chapeau à plume, la tunique à croix dorée… de beaux petits souvenirs d’une époque plus légère. Enfin, je devrais dire plutôt: j’étais un mousquetaire, un Cyrano, mais je me voyais d’Artagnan. J’avais aussi ma belle Roxane, et heureusement je l’ai toujours.
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