Il n’empêche que le cancer de François m’est entré dedans bien comme il faut. Nous sommes assis sous un petit chapiteau et attendons que Jake Charron ait fini de remplacer la corde de sa guitare, il est l’accompagnateur de Shane Cook. Plusieurs cordes de plusieurs guitares ont rendu l’âme pendant le festival, je ne sais pas si c’est affaire de grande chaleur, de grande vigueur des musiciens ou les deux. Un homme me dit, à propos de Shane Cook :
– Vous rendez-vous compte, avec le talent qu’il a à l’âge qu’il a, à quel point il sera bon dans vingt ans.
Je regarde l’homme et les mots suivants sortent de ma bouche :
– À la condition qu’il conserve sa santé.
– Oh ! sûrement, me dit l’homme.
Une femme tousse derrière nous, la toux lui provient du fin fond des entrailles. Je changerais volontiers de place, mais je ne le fais pas à cause de mon voisin qui me parle, je changerais de place parce que j’imagine que cette femme est atteinte d’un cancer –et qu’elle ne le sait pas encore.
Au seul festival de hippies auquel j’ai participé, il y a trente ans dans le Michigan, les gens se disaient Vive l’amour. J’y étais allée avec mon ami Giuseppe. Nous avions fait connaissance parce qu’il était venu habiter à la maison, en colocation, à Québec, boulevard Saint-Cyrille à l’époque qui s’appelle maintenant boulevard René-Lévesque. L’été était sur le point d’arriver, j’avais terminé mon trimestre à l’université Laval et mon Giuseppe me demande si ça me tente d’aller avec lui au festival du Rainbow Gathering. Finalement nous y allons à trois en voiture. En cours de route, c’est quand même assez loin, une fille qui faisait de l’autostop –pour se rendre au Rainbow Gathering évidemment parce que nous ne formons qu’une petite communauté à l’intérieur de laquelle tout s’entrecroise– s’est jointe à nous et plus précisément à Giuseppe sur la banquette arrière. Plus on approchait, plus Giuseppe semblait nerveux. Je lui demande ce qui ne va pas, il me répond ceci :
– J’ai peur de passer le festival en érection –car on pouvait se promener tout nu si on voulait.
Cher Giuseppe.
Donc, chez les hippies, on honore les valeurs pacifiques et on clame Vive l’amour.
Au festival Mémoire et racines, l’amour y est plus appliqué : presque chaque musicien, à un moment ou l’autre de sa prestation, nous a dit, nous public : Je vous aime. Ceux qui parlaient moins bien le français mais qui essayaient quand même nous disaient : Je t’aime.
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