Jour 1 782

Voici comment, en travaillant sur une toile, tranquille à la maison, mes pensées se sont enchaînées.
J’appliquais des taches à la spatule pour me débarrasser de restants de couleurs qui traînaient depuis trop longtemps dans mon frigo. Tout d’un coup, Paris est venu à mon esprit, par la réminiscence d’une photo que j’ai prise pendant mes récentes vacances de Noël, dans les environs de la gare St-Lazare. On y voit des dizaines de motos, collées les unes sur les autres, qui attendent leur propriétaire parti acheter quelque dernier cadeau à la FNAC-St-Lazare. Des piétons traversent la rue, des publicités de grand format bloquent la vue, des lumières clignotent aux commerces, des affiches tapissent la colonne Morris toute proche, et les autos pullulent, bien entendu. Il n’y a pas un pouce carré d’espace libre, et c’est coloré à souhait, on dirait un kaléidoscope.
– C’est combien plus mon style, s’est dit mon esprit, quand je déambule dans le calme du chic quartier de Passy où tout est magistralement gris.
Déjà téléportée à Passy, me voilà, toujours peignant, devant un bel édifice sur lequel il est écrit que Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault ont vécu plus de quarante ans. Vivre longuement auprès du même compagnon aimé sans déménager, stable, bien fixé. Je regardais la plaque commémorative sans bouger, consciente qu’il me restait peut-être un dernier petit trente ans de vie pour reproduire le même exploit. Mon regard lorgnant alors la porte en bois massif, qui dégageait une fraîche odeur de cire citronnée, mon esprit s’est dit qu’à eux seuls les gens de l’immeuble constituaient un microcosme unique.
– Comment ça se fait que j’ai dispersé mes alphas ?, me suis-je demandé, dehors, sur le boulevard dont je ne me rappelle plus le nom, lisant et relisant la plaque. Les avoir toutes entassées ici, j’aurais peut-être un roman d’écrit !
– Seigneur que je ne suis pas douée !, s’est désolé mon esprit, pendant que mon corps se précipitait vers un linge humide pour enlever une tache qui ne me plaisait pas.
– Il n’est peut-être pas trop tard, ai-je ajouté cette fois-là tout fort, ne perdant jamais de vue, depuis deux ans, la nombre d’années qu’il me reste à écrire.
– Tu ne peux quand même pas faire ressusciter la tache ?, m’a demandé Clovis de sa belle voix grave, qui m’observait depuis un moment à mon insu.
J’ai crié tellement fort que le voisin du rez-de-chaussée, inquiet, a téléphoné.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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