Jour 1 949

En même temps, quand j’assiste à un mariage, je me sens triste. Alors samedi j’étais triste, mais j’ai déjà été pas mal plus triste à d’autres mariages, dont les deux miens. Dans le film Le vieux fusil, Philippe Noiret cherche sa femme, Romy Schneider, à un moment donné. Ils ont des invités et cela crée un certain brouhaha dans la maison. Philippe est occupé et interagit avec tout le monde, mais au bout d’un moment il cherche sa femme, ne la trouve pas, se met à se promener dans la maison et la trouve dans la cave, si je me rappelle bien, assise sur un sac de blé ou quelque chose du genre. Soulagé de la retrouver, il lui demande ce qui se passe, elle répond simplement qu’elle était triste, que ce n’est pas grave, qu’elle ne voulait pas gâcher le climat de la fête, là-haut, et qu’elle s’apprêtait justement à remonter rejoindre tout le monde. Je n’étais pas assise sur un tas de jute contenant de l’avoine, mais il y avait un peu de Romy Schneider en moi samedi dernier. Quand je suis triste, je tartine un peu plus épais dans la tristesse en me disant qu’un jour papa va mourir, alors pour profiter de lui je l’ai suivi partout sans parler, j’adore ça faire ça, je le suis, je l’observe, je suis l’outsider. Il tapote les mains de tout un chacun, comme le faisait sa mère, j’en ai eu l’expérience plusieurs fois, dont une fois dans la voiture quand on attendait dans le stationnement du restaurant St-Hubert. Ce qui m’a rendue un peu triste, c’est drôle à dire, c’est que nous avons pris des photos dans le stationnement, encore un, du magasin l’Aubainerie. Tout bon mariage commence effectivement par une séance de photo au magasin l’Aubainerie, le samedi matin. Nous étions Emma, Clovis, son fils et moi. Sur les photos où j’apparais avec Emma, je suis plus petite qu’elle d’à peu près six pouces, me semble-t-il, parce que chouchou porte des talons, et moi aussi mais ils sont moins hauts ! Et elle s’appuie souvent de tout son poids sur moi, alors je suis encore plus tassée vers le bas, je m’enfonce dans l’asphalte ! Puis il y a des photos d’elle où, avec Clovis, ils sont très beaux, souriants et enlacés, à peu près de la même hauteur, et je me suis sentie exclue ! Puis, il y a une photo d’elle avec le fils de Clovis, elle se tient très droite, très souriante, toujours aussi blanche, et sa beauté, sa fierté inconsciente de porter une telle beauté, m’ont scié les jambes ! Cela s’appelle le vieillissement, Lynda. Toujours est-il que quand, avec Clovis, cela s’est morpionné en fin de journée, dans la nuit, même, et dans l’état de lourdeur qui avait été le mien toute la journée, mine de rien, cela m’a tuée. Mais je dois aimer cette forme de mort lente car, ainsi morte, je continue, ce matin mardi, de tartiner dans le drame : aujourd’hui, maman se fait opérer. Après la visite que j’attends ce soir à la maison, j’envisage de téléphoner à Alice pour aller aux nouvelles. Mais j’ai aussi le projet d’écouter un film avec chouchou, que j’ai écouté seule et que je vais écouter ce soir avec elle. Et il est aussi possible que, téléphonant à Alice, j’apprenne que l’opération a été reportée, cela arrive souvent dans les hôpitaux.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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